mercredi 19 avril 2017

Faire partie du mouvement

Au cours des dernières semaines, j'ai été plongé dans un véritable marathon numérique.

J'ai décidé de prendre un virage professionnel pour embarquer dans un train qui avançait déjà à vitesse grand V. Un train voué à unir les forces vives du numérique à Québec. Pour démocratiser. Pour promouvoir. Pour encourager. Pour forcer l'innovation. Pour favoriser la discussion et surtout l'action.

J'ai fait ce choix parce que j'étais arrivée à un point où je voulais un emploi en conformité avec mes valeurs personnelles et professionnelles. Un emploi centré autour de l'utilisation du numérique comme outil pour changer le monde, en mieux!

Je suis foncièrement convaincue que le numérique peut changer nos vies, qu'il le fera positivement et que ses effets n'iront qu'en s'accélérant. Les impacts du numérique dans notre société ne sont plus pour demain, ils devraient prendre place aujourd'hui même.

Trop de gens [d'entreprises, d'organismes, etc.] n'ont pas encore saisi tout son potentiel pour optimiser, améliorer, performer, créer des liens, etc. J'entend: « Ah oui, la technologie est partout aujourd'hui » et on me regarde en sous-entendant: « Ce n'est pas pour nous encore, ce n'est pas si accessible ».

Bref, j'ai voulu apporter ma contribution à faire émerger une meilleure utilisation de la technologie dans nos vies de tous les jours. Je suis comme ça, je ne peux pas juste travailler, j'ai besoin de me sentir engagée dans quelque chose, de voir que je peux faire une différence (bien humblement, à ma façon).

Le point culminant des dernières semaines aura été la Semaine Numérique de Québec qui s'est tenu du 1er au 9 avril. En 9 jours, plus d'une centaine d'activités ont été présentées à travers la Ville de Québec. Des événements sur la culture et le numérique, le numérique dans les assurances, les médias sociaux, la place des femmes dans le numérique, la réalité augmentée, en plus du plus connu Web à Québec (WAQ) qui réunit des professionnels pendant trois jours intensifs de conférences. Des discussions, des échanges, des formations, des ateliers, des conférences pour les professionnels, mais aussi pour le grand public. Presque tous les événements ont affichés complets.

Nous retombons à peine sur nos pieds et nous n'avons pas encore rédigé tous les bilans. Nous savons que la « Semaine » a été un succès. Comme on dit, il s'est passé quelque chose. Il y a eu une « vibe » positive autour du numérique, au moins pour les gens qui ont participé (et ce seront, eux, les meilleurs ambassadeurs pour les années à venir). Ce ne sont pas les idées qui manquent pour l'an prochain!

Je ressors de cette Semaine plus positive que jamais. C'est facile de voir ce qui ne va pas, ce qui ne se fait pas, ce qui ne fonctionne pas. Et oui, il reste tant à faire. Les défis sont nombreux et immenses. Mais là, je suis dans un tout autre état d'esprit.

Je me dis que, pendant que certains n'ont pas encore décidé d'embarquer dans le train du numérique, certains ont sauté à pieds joints dedans. C'est motivant de voir que des centaines de personnes travaillent, ici même à Québec, à chaque jour, pour trouver des applications concrètes au numérique, des innovations qui viendront changer des vies. Pendant que certains demeurent figés dans le temps, d'autres avancent dans l'avenir. C'est encourageant de le constater.

samedi 25 mars 2017

Apprivoiser les géants

Il ne s'agit pas ici de réinventer ni de réécrire ce qui a déjà circulé cette semaine, mais beaucoup plus de garder des traces pour que l'on se souvienne de ces discussions lorsque viendra le temps de prendre un véritable virage numérique pour le Québec.

Tout a commencé en début de semaine au Forum Culture + Numérique lorsque Alexandre Taillefer, cet homme d'affaires québécois, est venu plaider en faveur de la création d'un Facebook, d'un Google et d'un Amazon québécois. De quoi en faire sursauter plusieurs. Heureusement.

Dès la sortie de sa conférence, Clément Laberge et Carl-Frédéric De Celles ont réagit dans un entretien avec Matthieu Dugal.

Plus tard dans la semaine, Sylvain Carle en a rajouté avec une réaction qu'il avait pris le temps de mûrir et qu'il a même fait relire par certaines personnes avant publication.

Sa réflexion se base sur un principe:
« la grande erreur de ces déclarations chocs [est] celle de ne pas faire la distinction entre le monde numérique et physique ».
« ...avec des ressources numériques, ce n’est pas la rareté qui crée la valeur (scarcity en anglais) c’est l’abondance. [...] Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas le numérique.  
Après, faut gérer la transition entre les deux. Les modèles d’affaires établis sur les moyens de production, de distribution et d’accès propres aux ressources physique sont donc par défaut inadéquats ou même aux détriment des modèles numériques. Et l’inverse est vrai aussi, les modèles numériques sont en porte-à-faux des modèles précédents. C’est ÇA le coeur de l’argumentaire.
...  
Une fois qu’on a compris cette distinction, entre les modèles du vingtième siècles et ceux du vingt-et-unième, on peut commencer à avoir un débat public sensé sur le rôle de l’état Québécois (et Canadien) à cette ère de la société en réseau. »
Il termine en annonçant un prochain billet qui poussera la réflexion plus loin sur les manières de faire émerger des projets numériques d'envergure au Québec. On a déjà hâte de le lire!

Mon humble avis maintenant:
Dans l'univers numérique, je suis convaincue qu'il ne s'agit pas de réinventer les plateformes qui fonctionnent bien à l'international, pour lesquels des milliards de dollars ont déjà été investi (et continuent de l'être) et qui comptent déjà des millions d'utilisateurs. Cela reviendrait à s'isoler comme peuple, en voulant tout recréer à la saveur québécoise.

Au contraire, il faut apprendre à mieux rejoindre ces plateformes pour en tirer le meilleur partie pour faire rayonner la culture québécoise, faire en sorte que le contenu québécois y soit présent et visible pour les utilisateurs/consommateurs, qu'ils soient québécois ou non. Arrêtons d'avoir peur de côtoyer les autres contenus et plongeons dans l'aventure. Ouvrons notre esprit pour revoir les règles, car les modes de fonctionnement établis jusqu'à maintenant ne peuvent pas s'appliquer et deviennent obsolètes. Réapprenons à user de notre imagination pour créer de nouveaux modèles qui pourront faire vivre nos talents locaux ici et à l'international.

Et c'est possible! Des exemples, il en existe déjà (et pas seulement en culture).
-L'entreprise Meubles South Shore de Ste-Croix de Lotbinière connaît une nouvelle vie depuis qu'elle vend ses produits sur les sites en ligne comme Amazon et WalMart.
-CBC et Netflix ont conclu un partenariat pour que la nouvelle série Anne (pour Anne of Green Gables) soit présentée à la fois à la télé d'État canadienne et offerte sur Netflix ailleurs dans le monde.
-De 29 mars au 2 avril, 600 entreprises québécoises, créateurs et artisans participeront à la 6e édition de Vague de concours, qui visent à faire connaître des créateurs québécois sur Facebook.

Bref, il s'agit d'apprivoiser les géants.

samedi 11 mars 2017

D'un sandwich à l'autre... on continue

Cela fait déjà quelques semaines que je n'ai pas pu assister au rendez-vous hebdomadaire du Sandwich du vendredi devant l'Assemblée nationale. Je n'y suis peut-être pas physiquement, mais j'y suis très certainement mentalement. J'y retournerai, n'ayez crainte!

Car, loin de devenir moins nombreuses, les raisons qui peuvent justifier ce rendez-vous ne cessent d'augmenter. J'en vois à tous les jours dans les journaux, j'entends des aberrations à la radio et à la télévision pendant les bulletins de nouvelles. Aye aye aye, ça fait mal à toutes les fois!

Des parents qui ne peuvent organiser une corvée de peinture dans l'école de leurs enfants, des élèves en difficulté qui même une fois diagnostiqués n'ont pas accès à un accompagnement adéquat, des salles d'attente dans les hôpitaux qui sont bondées parce que les patients peinent à avoir accès à leur médecin de famille, un crucifix qu'on enlève puis remet parce qu'on ne sait pas faire la différence entre la religion et le patrimoine culturel, des remorques remplies de produits médicaux soit disant passés dates. Des exemples, il y en a à la tonne.

Le pire dans tout ça? On s'insurge pendant un jour ou deux dans les médias puis on passe au suivant. Sans avoir réglé quoi que ce soit. On ne prend pas les problèmes les uns après les autres pour leur trouver une solution. On fait juste les énumérer, les empiler et voir la grosse montage que ça crée en soupirant. On pose un regard sans agir. On patauge.

La semaine dernière, mon neveu de 20 ans, exilé en Colombie-Britannique depuis 2 ans, était de retour au Québec pour une semaine. C'est un jeune diplômé bilingue qui a trouvé un emploi à Victoria, qui s'informe et suit l'actualité, et il n'est pas prêt de revenir vivre au Québec. Après une semaine ici, la veille de son départ, il m'a dit : « Quebec is frozen in time ». Oui, le Québec est figé dans le temps. Il a passé la semaine à suivre l'actualité et à se dire « Quoi, ceci n'est pas réglé encore! Quoi, cela n'a pas changé! ».

Malheureusement, c'est ça qui est ça.

Comme l'a écrit Michel Hébert dans le Journal de Québec: C'est que personne ne veut donner d'ampleur à toutes les « niaiseries conventionnées » qu'on dénonce. Personne ne veut poser des questions sérieuses et forcer un véritable débat. Parce que ça voudrait aussi dire inciter à réfléchir. « On pourrait déboucher sur des conclusions embarrassantes pour les empâtés des pouvoirs publics ».

J'écrivais récemment sur les changements nécessaires pour que le Québec prenne le virage numérique une bonne fois pour toute. Je citais Stéphane Roche, vice-doyen à la recherche à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval qui disait: « la techno structure présentement en place dans les hautes instances a autant la capacité de faire avancer les choses que la force de maintenir le statu quo ». J'ai l'impression que c'est la même réalité dans toutes les sphères gouvernementales.

Pourtant, il faudra bien qu'un jour, quelqu'un ou quelque chose provoque une véritable remise en question pour que les changements se fassent.
« Quel politicien osera s'aventurer dans les dédales de l'État québécois pour tuer le monstre qui bouffe les contribuables? Qui mettra fin au gaspillage, au désordre et à l'impunité?
Qui renversera la vapeur pour mettre la machine à notre service? » 
- Richard Martineau, Le Journal de Québec
J'ai souvent l'impression qu'aucun politicien ne pourra vraiment changer quelque chose. J'ai souvent l'impression que le simple fait d'entrer dans la machine fait que tu te convertis à la machine, elle aspire tes idées et tu deviens un automate.

Comme dans l'émission de télévision, il faudrait presque pouvoir dire « on efface tout et on recommence »! Les changements nécessaires sont si nombreux qu'on ne peut plus « patcher » et modifier ce qui existe déjà. Cela prendra un changement radical dans les façons de faire. Qui prendra le « lead »?

Je reviens à M. Roche, mais il disait aussi que nous devons arrêter de nous soucier de mettre en place des processus d'adaptation. Pour le numérique, il demandait des « actions assez significatives, drastiques et rapides ». C'est pas mal ça que ça prend pour le reste.

Un exemple que je lance comme ça: quand on construit une nouvelle école, on devrait la construire sans aucune référence aux écoles déjà existantes. Arrêtons de nous référer au passé. Faisons simplement l'école d'aujourd'hui comme on pense que devrait être une école en 2017. Utopique?

À chaque vendredi, un petit groupe se réunit devant l'Assemblée nationale pour manger un sandwich et discuter. On aime bien croire qu'il est possible de changer le monde. J'y crois fortement.

Mais force est d'admettre qu'il est difficile de trouver de véritables propositions de gestes concrets que nous pouvons poser au quotidien, sans se lancer en politique et tout en respectant nos convictions et nos emplois du temps souvent chargés.
« Nous sommes toujours à la recherche de façons pour rendre plus concrètes les actions qui découlent des rendez-vous du vendredi - mais on a confiance que ça viendra, et qu'entre temps, il faut persévérer et maintenir la continuité des rencontres. »
- Clément Laberge
Oui, pendant ce temps, on continue de nourrir la démocratie... un sandwich à la fois!

mercredi 15 février 2017

Une stratégie numérique pour le Québec

Aujourd'hui, le Rendez-vous numériques du ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation (MESI) s'arrêtait à Québec. Il s'agit d'une étape de la consultation citoyenne entreprise par le MESI dans le cadre de l'élaboration de la Stratégie numérique du Québec.

Je n'ai pas pu y assister en personne, mais grâce à la magie du numérique, j'ai pu visionner en rediffusion le Facebook Live de la table ronde d'ouverture. Thérèse Laferrière, directrice du Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire à l'Université Laval, Stéphane Roche, vice-doyen à la recherche à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval et Pierre-Luc Lachance, directeur général de Québec Numérique participaient.

D'entrée de jeu, les participants se sont montrés sans équivoque: il devient urgent d'agir, cela fait trop longtemps que nous discourons sur les façons de donner un élan numérique/technologique au Québec. Chacun y est allé de ses suggestions, toutes aussi pertinentes les unes que les autres:

  • Campagne de sensibilisation pour valoriser l'importance d'agir
  • Mise en place du calcul du quotien numérique, à l'image du quotien intellectuel
  • Engagement des enseignants pour placer les élèves en action face au numérique
  • Couverture globale du territoire avec l'internet haute vitesse
  • Mise en place d'une sorte de Permis numérique, avec un formation que les gens pourraient suivre volontairement (à l'image du permis de conduire dont la formation est accessible à tout ceux qui le désirent)
  • Obliger les ministres et élus à réussir un test de connaissance numérique
La déclaration choc (et ce qu'il faut retenir de la table ronde, selon moi) est venu de M. Roche. « Un coup d'État numérique est devenu nécessaire parce que les transformations que le numérique impose aujourd'hui sont trop rapides pour qu'on mette en place des processus d'adaptation. On ne pourra pas s'adapter. La seule manière d'y faire face, c'est de transformer radicalement la façon de faire les choses. Si non, on va manquer le bateau. Pour moi, il faut des actions assez significatives, drastiques et rapides pour espérer être là où on veut être dans 20 ans. ».

Il a poursuivit en soutenant qu'une sensibilisation des gens actuellement au pouvoir est importante. Selon lui, cela est d'autant plus pertinent que la « techno structure présentement en place dans les hautes instances a autant la capacité de faire avancer les choses que la force de maintenir le statu quo ».

Tous s'entendent pour dire que la progression du numérique ne doit pas passer par la mise en place d'un conseil du numérique ou l'ajout d'une structure supplémentaire de promotion du numérique. 

Selon eux, le véritable passage au numérique se fera par l'engagement des citoyens, par une évangélisation qui sera faite par ceux qui y croient vraiment, par le regroupement de gens convaincus qui deviendront des références. La force du réseau agira.

Plusieurs sujets ont été apportés, j'en présente un résumé en vrac ici:


Les algorithmes
On devient des esclaves 2.0: on joue le jeu des algorithmes. Les algorithmes nous maintiennent dans une certaine zone de confiance, on a l'impression qu'on voit tout alors qu'ils nous enferment dans une bulle qui nous privent de découvrir certaines informations.

Enjeu d'éthique et de protection des renseignements personnels 
On donne nos informations à des algorithmes qui sont situés aux quatre coins du monde. Qu'on le veuille ou non, nous sommes à risque en agissant ainsi. Pourtant, il n'y a toujours aucune prise de position gouvernemental à ce sujet.

Dans le monde de l'éducation, il y a un véritable enjeu de protection des renseignements des élèves. Faute d'outils adéquats fournis par le ministère, les enseignants qui veulent avancer utilisent des outils gratuits en ligne (exemple: suite Google), mais cela amène des enjeux à propos des données de navigation des élèves. « Quand c'est gratuit, vous êtes le produit! »

Le rôle du citoyen
La façon d'exercer la démocratie change avec le numérique. Les députés ont entre les mains un outil incroyable pour reprendre le dialogue avec les citoyens (faire des consultations plus largement, plus simplement). « Remettre le députés au coeur de la fonction politique grâce au numérique »
Le numérique met en lumière une crise majeur de la démocratie. Les outils sont là, mais encore faut-il avoir la volonté de les utiliser pour changer les façons de faire...

Logique de mondialisation
Comment tirez notre épingle du jeu? Nous devons exploiter notre côté francophone, développer des contenus en collaboration, travailler en réseau. Le plus rapidement sera le mieux, selon Mme Laferrière, si non, en 2027, nous n'aurons pas avancé. Elle déplore que ce réflexe de co-création ne soit pas encore très présent dans le milieu de l'éducation (production de manuels, cours en ligne...).

Il faut arrêter de voir le numérique comme quelque chose qui pose problème et le considérer comme quelque chose qui nous aide à nous développer. Il n'en tient qu'à nous de le mettre en place. Nous pourrions y arriver que si on met en synergie toutes les forces (éducation, public, privé, citoyen). Le numérique ne peut être un embrayeur de société si on ne fait pas fonctionner tout ça ensemble. Il faut arrêter d'être en réaction face à des événements. - Stéphane Roche

Le droit d'auteur
L'industrie de la musique a des travaux à faire pour s'adapter au marché. La musique s'est dématérialisée. On ne peut payer le même prix pour la musique « dématérialisée » que pour des boitiers. 

Les aînés
La présidente de l'Association des étudiants de l'université du troisième âge de l'Université Laval est venu demander que les aînés ne soient pas oubliés dans les décisions qui seront prises en lien avec la formation avec le numérique.

L'agilité des organisations
Les organisations devront se montrer plus agile pour faire face aux changements que posent le numérique. Elles ne peuvent plus prendre autant de temps qu'avant pour réfléchir face à une situation, si non, la situation sera déjà dépassé lorsqu'elles prendront une décision.

L'intelligence artificielle
L'intelligence artificielle aura certainement un rôle à jouer dans la société de demain. Mme Laferrière a appelé les instances gouvernementales à s'intéresser rapidement aux possibilités offertes par l'intelligence artificielle.

Au final, si il y a quelque chose à retenir de ce panel, c'est bien que le statu quo n'est plus acceptable. Il faut cesser de parler de virage numérique et entrer dans le virage à pleine vitesse. Autrement, on manquera le virage et on se dirigera directement dans un mur. La société québécoise dans l'état où elle se trouve présentement ne peut se permettre de passer à côté des possibilités offertes par le numérique.

Prêt pour le coup d'État?

samedi 11 février 2017

Fly in, fly out: la réalité du Québec lointain

Erika Soucy, c'est celle qui a répliqué à Bernard Gauthier après son passage à Tout le monde en parle. Il a parlé de femmes qui préfèrent la guenille à la politique. Elle a répondu avec son coeur de fille de région qui veut défendre sa région et les femmes de sa région.

Ça m'a intrigué, j'ai eu envie de lire son premier roman, paru il y a pas si longtemps: Les Murailles. Ça parle d'une fille qui s'en va passer une semaine à La Romaine pour essayer de mieux comprendre la vie de chantier, surtout pour essayer de faire la paix avec son père qui a mené cette vie de chantier depuis toujours et qui n'a pas été très présent pour elle.

Ça se lit tout seul, c'est écrit comme si on était en train de se parler dans la vie de tous les jours et surtout c'est criant de vérité.

C'est véridique dans le sens de « ça dépeint une réalité dont on entend trop peu parler ». Une réalité qui est très contemporaine même si on n'en parle pas tant que ça. Une réalité des régions surtout, qui se vit aujourd'hui.

Des gars qui font du « fly in, fly out ». Partir 14/21/28 jours, revenir à la maison 7/14 jours, repartir et ainsi du suite.

Des difficultés d'entretenir des relations amoureuses dans ces conditions. Ce ne sont pas toutes les femmes qui sont prêtes à vivre une relation dans ces conditions. C'est encore plus compliqué quand il y a des enfants dans l'équation. Des enfants qui se croient pratiquement orphelins.

Quand tu vis, la plupart du temps, éloigné de la civilisation, tu t'enfermes dans ta routine, dans ta solitude. Tu reviens à la maison et tu es presque un étranger chez toi.

« Avant quand il avait de la peine, mon père partait sur une dérape. Se paquetait ben comme il faut jusqu'à tomber au neutre entre trois et six heures du matin, le temps que le bar ferme pis que le dépanneur ouvre. »
« J'ai le goût de lui demander c'était quoi les torts de ma mère. Est-ce que c'était de jeter tes sachets de cokes qui traînaient dans tes poches quand elle faisait le lavage, papa? Est-ce que c'était de refuser de payer tes dettes avant de faire l'épicerie? Est-ce que c'était de poser des questions quand tu rentrais soûl à six heures du matin? Est-ce que c'était de se sauver quand tu la menaçais? »

Des régions qui se meurent.

Du travail « parfois créé artificiellement » sur les chantiers pour garantir de l'ouvrage aux gars.

Du racisme inter-régional qui se crée parce que la job se fait rare et que les gars se battent pour faire leurs semaines, pour avoir du chômage une fois l'hiver arrivé.

Je l'ai déjà écrit, la réalité des régions est tellement différentes de celle des villes. On a tendance à l'oublier trop facilement. Et on n'en parle que trop peu dans les médias. La pauvreté, les problèmes de délinquance, de consommation, la violence, la solitude...

Je viens d'une région pas si éloignée et qui était déjà trop éloignée à mon goût. Je n'ose même pas imaginer comment ça se passe dans les villages vraiment éloignées où la vie se passe au rythme des saisons et où les possibilités de divertissement sont limitées.

« Les scandales, c'pas su'é chantiers qu'y s'cachent. C'est din villages pis dins cours de nos écoles, mais ça, personne en parle. »

Il est là le véritable scandale: Si tu étudies, tu vas finir par partir, pis la région va se vider encore plus vite. Si tu étudies pas, tu vas finir au chantier « fly in, fly out », pis tu vas entretenir le même pattern d'une génération à l'autre.

On fait quoi avec ça?

samedi 4 février 2017

Une journée de Tendances numériques - troisième partie

Suite de la journée Tendances3, organisée par Infopresse et Socom.

Après les deux conférences d'ouverture, dont j'ai fait un résumé, et le cas de marketing d'influence avec Danone, quelques autres conférences ont retenu mon attention.  

Les leçons de 2016 pour réussir 2017
Alors que 2017 est à peine entamé, Arnaud Granata de Infopresse et Stéphane Mailhiot de Havas Canada ont présenté les leçons à retenir de 2016 pour mieux vivre 2017 (en marketing et communication, bien sûr!).

Leçon 1 : La peur
Bon nombre de consommateurs vivent dans l'insécurité. Le monde change a une vitesse effarante, ils tentent de ralentir le changement. L'une des solution qu'ils ont trouvé est la nostalgie. C'est toujours réconfortant de repenser à son enfance, adolescence et autres souvenirs du passé. C'est ainsi que lorsque Nintendo a annoncé qu'elle relançait sa toute première console, le succès a été monstre.

Leçon 2: Le pouvoir vieillit
Alors que l'on parle constamment des milléniaux (ces jeunes de moins de 30 ans), force est de constater que la population vieillit et que le pouvoir gris augmente. Cela peut être inspirant de s'adresser aux jeunes mais bientôt 50% de la population aura plus de 65 ans. Il s'agit d'un marché extrêmement intéressant pour les entreprises, d'autant plus que ces babyboomers ont des moyens financiers importants.

En passant, saviez-vous que 40% des produits Apple sont vendus à des babyboomers?

De plus, rappelez-vous que c'est la disposition mentale dans laquelle on est qui nous incite à l'adoption des technologies bien plus que l'âge que l'on a.

Leçon 3: La crise de confiance
Les gens ont de moins en moins confiance dans les marques. On n'a qu'à penser aux scandales de Volkswagen et de Samsung en 2016. Les vrais experts d'aujourd'hui deviennent des gens comme vous et moi. On se fit aux recommandations de nos amis ou de personnalités connues qui ont les mêmes intérêts de soi. Le Québec traîne un peu de la patte côté influenceurs mais la tendance ne peut que progresser.

Par ailleurs, les consommateurs ne font plus qu'acheter les produits d'une entreprise. Ils souhaitent aussi connaître les positions de ces entreprises à propos des politiques publiques et des enjeux sociaux avant de consommer leurs produits. C'est ainsi que, pour gagner la confiance du public, les entreprises endossent des causes, exposent leurs valeurs publiquement, s'engager socialement à « créer un monde meilleur ».

Leçon 4: Le technoptimisme
On devient omnubilé par les nouvelles technologies, toujours avide de la plus récente innovation. Les consommateurs ont un intérêt particulier pour les nouveaux objets connectés mais en même temps, ils veulent protéger leurs données personnelles. Ils sont en constante contradiction.
« C'est comme si ils disaient : "Je n'ai plus confiance en personne mais je fais confiance aux algorithmes des réseaux sociaux pour me pousser de l'information". » Ils se retrouvent alors coincés dans le même écosystème en fonction de leurs intérêts de départ, sans réelle opportunité de faire des découvertes autres.

Alors 2017? 

  • Les consommateurs sont en perte de repères. Soyez rassurants et offrez leur des oasis positifs.
  • Les consommateurs, même en ligne, n'ont pas tous 22 ans. N'oubliez pas les boomers qui ont un pouvoir d'achat énorme.
  • Les consommateurs ne font plus confiance aux marques. Revoyez vos communications, car leurs pairs deviennent les experts.
  • La technologie redevient une raison d'espérer. En échange d'un service de qualité, les consommateurs se montrent prêts à partager leurs données d'utilisation et leurs informations personnelles.

Chocolats Favoris: une entreprise de Québec en croissance
L'après-midi s'est poursuivie avec une sorte d'entrevue entre Dominique Brown de Chocolats Favoris et David Desjardins de La Flèche.

À retenir de la part de l'entrepreneur à succès, dont l'entreprise connaît une croissance fulgurante (elle est passé de 70 à 1000 employés en 5 ans):

  • Malgré la croissance, il faut garder l'agilité de refaire la structure de son entreprise à tout moment.
  • La croissance fait en sorte qu'il faut contrer certains mythes auprès de la clientèle. Par exemple, des gens croient que la qualité des produits baissent avec la croissance.
  • L'engagement dans la communauté (en réinvestissant un pourcentage des ventes localement) est l'un des principes directeurs de l'entreprise, bien qu'il soit méconnu.
  • L'entreprise doit faire encore mieux son marketing et ses communications pour démontrer cet élément.
  • L'entreprise devra trouver son point d'équilibre entre le commerce électronique et le commerce de détail.
  • Il faut avoir le souci d'améliorer l'expérience des clients (en boutique ou virtuel) de toutes les façons.
  • Avec son application ChocoFan, l'entreprise a trouvé une façon nouvelle d'amener les utilisateurs à accumuler des récompenses. Faire des achats n'est pas la seule façon d'obtenir des points. Des défis sont proposés à chaque semaine. En partageant les résultats sur les médias sociaux, les utilisateurs peuvent multiplier leurs points.
En conclusion, les deux conseils de M. Brown pour les entrepreneurs ou futurs entrepreneurs:
1- Ayez une vision claire de l'endroit où vous voulez aller.
2- Entourez-vous d'une équipe solide pour y aller. 

L'ère du marketing cognitif: la nouvelle forme d'intelligence de marque
Cette dernière présentation faite par Marc Blanchard de Havas (New York) et Carolyn Calzavara de IBM Watson (Chicago) a permis de constater que l'intelligence artificielle n'est plus du tout de la science-fiction et que la personnalisation à l'extrême des produits numériques est bel et bien d'actualité.

L'un des enjeux des entreprises est la connaissance de leurs clients et de leur marché cible afin d'offrir des produits et services de plus en plus personnalisés. Le constat est brutal pour certaines entreprises: « L'expérience personnalisée n'est plus une option ». 

Par exemple, une page web pourra être dupliquée en plus d'une dizaine de versions différentes. Chaque version sera présentée à une clientèle différente que l'on pourra identifier / détecter de diverses façons (client connecté dans un environnement sécurisé, adresse IP, etc.)

Les consommateurs sont bombardés de toute part par les marques. Ces dernières se doivent de cibler chacune de leur action au maximum (et même de choisir le moment idéal pour la mettre en application) pour s'assurer de rejoindre les bonnes personnes et d'éviter de les déranger. La conversation devient hyper-personnalisée, presque du « one on one ».

Les entreprises créent désormais leur valeur à partir des données qu'elles peuvent obtenir de la part de leurs clients. Facebook ne produit rien, Airbnb ne détient aucun hôtel, etc. Les clients seront prêts à partager leurs données personnelles en échange d'un service de haute qualité.

Dans ce contexte, chaque contenu créé et partagé doit être conçu en vue de susciter une interaction avec le client, mais aussi d'encourager le prochain engagement qui viendra plus tard.

En ce qui a trait à l'intelligence artificielle, les deux conférenciers ont présenté Watson, un programme informatique qui traite des données presque comme un être humain. Watson a fait ses preuves en remportant une compétition au célèbre quiz Jeopardy aux États-Unis et il a fait un travail formidable pour analyser les réactions en temps réel sur les médias sociaux pendant la dernière soirée électorale américaine.

Parmi les applications impressionnantes de Watson, le nouveau service en ligne de la banque TD. Vous pouvez littéralement avoir une conversation en ligne et en direct avec Alvi. Après avoir répondu à quelques-unes de ses questions, Alvi vous indiquera votre profil d'investisseur et vous donnera des conseils personnalisés, tout ceci simplement en analysant les mots que vous aurez prononcés. Il s'agit d'une application qui pourrait changer la face du conseil bancaire.

Au final, la journée Tendances3 aura été plus que satisfaisante pour les participants. Ce genre de journée agit toujours comme une bonne dose de motivation et d'inspiration pour les participants. Il est permis de souhaiter qu'Infopresse et la SOCOM joindront leurs forces plus souvent pour présenter ce genre d'événement.

jeudi 2 février 2017

Une journée de Tendances numériques - deuxième partie - étude de cas


Suite de la journée Tendances3, organisée par Infopresse et Socom.

Après les deux conférences d'ouverture dont j'ai déjà fait un résumé, la journée s'est poursuivi avec des études de cas et un sujet qui m'intéresse plus particulièrement soit:

Le nouveau rôle des influenceurs dans l'industrie du marketing

Aurélie Sauthier de Made in est venu présentée une campagne marketing avec Danone Canada afin de faire la promotion des yogourts Oïkos. Au centre de la campagne, le marketing d'influence.

Le marketing d'influence est déjà passablement connu de la plupart des entreprises: faire appel à des porte-paroles, généralement des personnalités connues qui ont acquis la confiance du public au fil des ans; des sportifs, des artistes, etc. 

Depuis quelques années, de nouveaux influenceurs se sont taillés une place sur les réseaux sociaux (blogueurs, vlogueurs, youtubeurs, instagrameurs, etc.). Plus nichés, ils rejoignent des publics aux intérêts bien précis, plus difficiles à rejoindre par les marques. Ils évoluent en dehors des réseaux traditionnels et ouvrent les portes d'un tout nouvel univers aux marques.

De plus en plus de marque font appels à ces influenceurs afin de faire connaître leurs produits. Le principe est simple: faire parler de soi par le biais de l'influenceur au sein même du réseau de cet influenceur. Puisqu'il profite d'une notoriété certaine auprès de ses fans, le message passera mieux. Il y a une relation de proximité, de confiance et d'authenticité qui existe déjà entre le blogueur et ses fans.

Bref, le bouche à oreille numérique fonctionne déjà entre amis. On vient l'organiser et l'amplifier avec des personnalités numériques.

En plus de permettre le relais d'information à un public différent, la relation entre la marque et l'influenceur permet de créer du contenu original qui pourra être réutilisé de différentes façons et même longtemps après sa création. Photo, vidéo, billet de blogue, les possibilités sont nombreuses. La rémunération de l'influenceur, car oui, il y a bien une, dépendra souvent de la complexité du matériel à produire par celui-ci, ainsi que du nombre d'actions à poser sur les médias sociaux (nombre de publication, partages, etc.).

Arthur Sylvestre de Danone Canada a présenté plus précisément la campagne au cours de laquelle Danone a engagé la conversation avec le public numérique grâce à la contribution de 12 influenceurs du Québec et de la Colombie-Britannique. Sarah Couture, l'une de ces influenceurs, était présente pour témoigner de la collaboration.

La campagne s'est déroulée en plusieurs étapes, principalement sur Instagram:

  1. Présenter un moment d'évasion avec le #espacemoment
  2. Présenter le moment d'évasion accompagner d'un produit Oikos
  3. Concours pour faire gagner une carte cadeau Air Canada parmi les abonnés des influenceurs
  4. Participation des tous les influenceurs au Löle White Tour à Montréal (qui était commandité par Oikos)

Au final, le succès de l'opération marketing est sans équivoque: le taux d'engagement a été de 6,26% sur le compte des influenceurs comparé à 1,9 % sur le compte Oikos. Pour Danone, il ne fait plus aucun doute que les influenceurs feront désormais partie de chacune des campagnes à venir.

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Je me permets d'ajouter un commentaire plus personnel à ce résumé pour dire que la collaboration avec des influenceurs numériques est définitivement une avenue à laquelle je crois pour les marques.

Au cours de l'automne dernier, pour le blogue de La Capitale groupe financier, j'ai mis en place deux collaborations avec des influenceurs émergents dans la région de Québec; Hubert Cormier et François Bégin. Le projet était d'une bien moindre envergure que Danone, mais les résultats sont tout aussi probants et nous pousse à aller plus loin.

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Suite du résumé de la conférence dans un autre billet à venir...
Une journée de Tendances numériques - troisième partie